Nos ancêtres « Lenglet» dans la région du Cambrésis au début du XVIIIe siècle. La désastreuse guerre de succession d’Espagne(3).

La fin du XVIIème siècle a été marquée par le retour du Cambrésis au sein du Royaume de France à la suite du traité de Nimègue signé en 1679 entre la France et l’Espagne.

 Comment nos ancêtres ont vécu ce retour à la France? De nouvelles archives vont  nous montrer que peu après ce retour à la France , ils vont se retrouver dans la tourmente de la guerre de succession d’Espagne menée par Louis XIV contre la « grande alliance » de La Haye qui réunit l’Angleterre, les Provinces-Unies , le Saint Empire romain germanique, le Portugal et la Savoie.

Le retour difficile du Cambrésis au sein du royaume de France

Le Cambrésis : une « bonne province »

Voici comment l’écrivain Jean Le Carpentier décrivait le Cambrésis vers 1660 :

Paysage du Cambrésis

 Le Cambrésis qui puise son nom de sa Capitale nommée Cambray, est une des  bonnes Provinces, que l’on voit sur les frontières de France, fournie de toutes les choses nécessaires à la vie humaine: où les plaines sont riches de moissons, le pendant des collines jadis couvert de vignes, les pâturages sont des bonnes chairs, où les forêts donnent les cerfs, les sangliers, les lièvres et autres gibiers en abondance; où les rivières et les étangs nourrissent de bons poissons, et quantité d’oiseaux sauvages; où les jardins portent de très-bons fruits pour les tables; où les moutons sont vêtus de laines très fines, dont les habitants font un grand trafic; où les chevaux y font de très bons services, même pour la guerre… Les sources merveilleuses d’eau douce proches les unes des autres apportent aux peuples et aux passagers un grand plaisir et soulagement. La Terre semble avoir accordé à l’homme ses faveurs, lui produisant du lin dont les habitants font des Toiles plus minces et déliées que le travail des araignées, connues de toutes les Nations sous le nom de Toilles de Cambray.

Mais dans ce cadre de vie apparemment idyllique,nos ancêtres aimaient-ils vraiment ce retour à la France ? Les plus anciens d’entre eux n’avaient pas oublié les exactions répétées des soldats français et en particulier celles du Comte d’Harcourt qui en 1649 après avoir été repoussées par les Espagnols  au siège de Cambrai, se retirèrent « …à Crèvecœur, Esne,  Walincourt et autres villages, bruslants censes, châteaux, villaiges et abbaïes, faisants des ravages et plaiges par tout le païs de Cambrésis »

D’autre part les nombreux mulquiniers de la région qui bénéficiaient d’une renommée mondiale avec leurs fines toiles de batiste étant maintenant séparés des Pays Bas Espagnol virent disparaître une grande partie de leurs débouchés et  subirent une baisse importante de leur activité.

La noblesse : un monde à part

Autre point bien surprenant : comment  la noble famille de Nemours put pendant encore un siècle être à la fois  fidèle au royaume d’Espagne et rester seigneur de Walincourt donc de Clary qui pourtant appartenait désormais au royaume de France?

On peut citer: Guillaume IV de Melun qui sera à la fois Seigneur de Walincourt et de Clary  de 1690 à 1714 et Lieutenant Général des Armées du roi d’Espagne  avec les titres de « Grand d’Espagne de 1ière classe, Vice-roi de Galice et de Catalogne ». Puis la Marquise de Risbourg qui lui succèdera portera également le titre de « Grande d’Espagne de 1ière classe » C’est probablement parce que Louis XIV n’a pas oublié que sa mère Anne d’Autriche était, en fait, infante d’Espagne et surtout, comme nous allons le voir, qu’il espère regrouper les Royaumes de France et d’Espagne sous une seule couronne.

La guerre de succession d’Espagne (1700-1714).

Origine de la guerre

La signature du traité de Nimègue en 1678 qui restitue à la France la Franche-Comté et le Cambrésis vaudra au Roi de France son surnom de Louis le Grand mais la paix qui suivra sera de courte durée.

Le 1er novembre 1700, le roi d’Espagne Charles II meurt sans descendance. Il avait rédigé son testament en faveur de Philippe, duc d’Anjou qui n’était autre que  le petit-fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse. C’est ainsi que le 16 novembre 1700, Louis XIV présente à la cour de France, Philippe, duc d’Anjou par ces mots: « Messieurs, voici le roi d’Espagne » et il n’hésite pas à le considérer  également comme son successeur sur le trône de France.

L’Europe se sent alors menacée par l’annonce de l’alliance dynastique de la France et de l’Espagne et, dès 1701, déclare la guerre à la France, cette guerre sera «la guerre la plus désolante qui s’est vue depuis plusieurs siècles ». Cette guerre oppose la France et son unique alliée, la Bavière, à la « grande alliance » de La Haye qui réunit l’Angleterre, les Provinces- Unies, le Saint Empire romain germanique, le Portugal et la Savoie.

Les Pays-Bas espagnols, théâtre de cette guerre.

Le petit-fils de Louis XIV, par les hasards de la succession d’Espagne, est devenu le souverain de ces Pays-Bas tant convoités. Louis XIV, conseillé par le célèbre Vauban, se considère alors en pays conquis et fait entrer les  troupes françaises derrière les remparts de la  » Barrière »: Namur, Tournai, Ypres, Mons  pour remplacer les garnisons hollandaises.

1709 Bataille de Malplaquet Malbrouck et Prince Eugène

Très vite l’armée française va se trouver confrontée aux troupes des Etats européens coalisés. Les armées des Etats européens conduites par deux généraux  exceptionnels, le prince Eugene de Savoie et l’Anglais Malbrouck (celui de la chanson « Malbrouck s’en va en guerre… » et ancêtre de Winston Churchill) remportent d’éclatantes victoires sur les Français, notamment à Ramillies près de Namur. En 1708, la frontière nord de la France  est franchie: la ville de Lille puis celle de Tournai tombent. L’armée française commandée  par le maréchal Villars se bat héroïquement  à Malplaquet le 11 septembre 1709. A l’issue de cette bataille sanglante et longtemps indécise, les forces en présence sont épuisées : l’armée ennemie (la grande alliance) a perdu plus de 21 000 soldats et les français 6 000.

En outre, l’hiver précédent a été un des plus froids du siècle: le 5 janvier 1709, une chute exceptionnelle des températures a entraîné le gel  des semis. La Somme, la Seine et la Garonne ont été prises dans les glaces, même le vieux port de Marseille a été gelé. Le dégel est suivi de précipitations record qui  achèveront de ruiner les récoltes. La famine sera inévitable et tuera plus de 600 000 français. Cet hiver restera dans les mémoires sous le nom de « Grand Hyver ». Outre la famine, la guerre, les dépenses somptueuses du roi pour construire le Château de Versailles ont ruinées la France. Le roi en appelle à la nation, lance une souscription et forme une nouvelle armée.

Le Cambrésis reste au sud des zones de combat.

Le monde rural et le Cambrésis principales victimes de cette guerre.

Cette carte montre que pendant près de 15 ans, le nord du Cambrésis fut le théâtre d’une guerre incessante. Cambrai et sa région semblent être restés en dehors des champs de bataille mais, en fait, si les villes restaient protégées derrière leurs fortifications, les campagnes souffraient des exactions des troupes qui y campaient.

Au cours de l’été 1709, les paysans de la région se voient contraints d’approvisionner l’armée royale du coté de Landrecies dans des conditions difficiles. Un témoin raconte:  » nonobstant les mauvais chemins causés par les pluies presque continuelles. Plusieurs chevaux ont péri et les autres étaient sur les dents, outrés de fatigue. J’apprends cependant qu’on les a obligés de conduire un convoy jusqu’à Valenciennes, ce qui va mettre ces laboureurs hors d’état à leur retour de faire un second convoy »

Après la bataille de Malplaquet en septembre 1709, Fénelon, archevêque de Cambrai, fit ouvrir l’archevêché et les greniers pour soigner et nourrir les blessés et les réfugiés de Malplaquet, il fit appel aux habitants du Cambrésis pour  soigner une foule de soldats blessés, malades et affamés.

En 1711, les armées alliées (Anglais, Hollandais, Allemands, Portugais) campaient dans les régions de Le Cateau et de Landrecies. Ces soldats répandaient l’effroi dans tous les villages par leur cruauté, leurs rapines et leur ardeur à détruire.

Guerre de succession d’Espagne Scène de pillage

Le sommet de l’horreur fut atteint à Maretz, village voisin de Clary : dans la nuit du 14 au 15 juillet 1712, les soldats anglais du général Milor Duc d’Ormont, se ruèrent vers le village en poussant des hurlements semblables à ceux des hordes barbares d’antan. Les villageois réfugiés dans le cimetière, endroit considéré comme un asile inviolable, y furent en partie massacrés et en dernier recours se précipitèrent dans l’église. Mais, les Anglais, sans hésiter un seul instant, y mirent le feu et, hurlant comme des bêtes féroces, sautant et dansant autour du clocher, assistèrent aux contorsions et aux cris de douleur des villageois enveloppés par les flammes, écrasés sous les ruines. Nullement rassasiés de sang et de ce carnage, les Anglais se répandirent ensuite dans toutes les rues de Maretz  en massacrant et brûlant tout ce qui tombait sous leur main. Le bilan fut terrible: outre l’église, 148 maisons furent détruites et surtout 339 personnes furent massacrées ou brulées vives.

Le lendemain, les officiers anglais, découvrant les exactions de leurs soldats, ne purent retenir leurs larmes et s’empressèrent de faire venir de leur campement du Cateau des fournées de pain et des habits destinés aux quelques survivants. Leur général Milor Duc d’Ormont offrit 500 pistoles pour reconstruire la paroisse.

Ce carnage créa une véritable panique dans la région: les paysans de Clary profitèrent des nombreuses caves et  puits du village pour cacher leurs quelques biens et leurs animaux, et des guetteurs furent placés au sommet des clochers. Alerté par Fénelon, l’archevêque de Cambrai, « notre bon Roy Louis XIV, sur le bruit que fit dans le monde un si grand malheur, exempta d’impôts, passés et à venir, les habitants de Maretz jusqu’en 1716 »

D’autres villages de la région ne furent pas épargnés : voici comment l’Abbé Moyal décrit le passage des troupes ennemies dans le village de Troisvilles. « Les grains, les bestiaux et les chevaux, les vêtements et les meubles des habitants, aussi bien des plus riches que des plus pauvres, avaient été enlevés par les gens de guerre ; des maraudeurs avaient poursuivi et tué des habitants; des maisons avaient été détruites; les personnes couchaient sur la paille; il était impossible de cultiver les champs »

1712 Bataille de Denain Maréchal Villars

Huit jours après ce carnage, l’armée française commandée par le Maréchal Villars va redresser la situation, remporter la victoire de Denain sur le prince Eugène,  et va chasser définitivement les ennemis du territoire français. Le Cambrésis put enfin respirer.

Préservée in extremis de l’invasion, la France put négocier la paix de façon honorable : le Congrès d’Utrecht signé en 1716 interdira le regroupement des couronnes de France et d’Espagne mais permettra d’arrêter le conflit et de figer les frontières nord du pays.

Nous n’avons pas de trace d’intervention dans le conflit de nos ancêtres Lenglet. Habitants principalement les villages de Montigny, Bertry, Troisvilles, ils ont malheureusement subi toutes ces exactions.  

Jusqu’à la révolution, le Cambrésis ne sera plus le théâtre de nouveaux champs de bataille mais ses habitants épuisés par la guerre et la famine qui a suivi le « Grand Hyver » de 1709 vont maintenant devoir supporter les conséquences de ces conflits car, les  caisses du royaume de France sont vides.

François Lenglet 05/2021

Sources :

Jean Le Carpentier 1600 1670, auteur de « L’histoire généalogique des Pays-Bas ou Histoire de Cambrai et  du Cambrésis » Leide,1664

https://fr.qaz.wiki/wiki/War_of_the_Spanish_Succession

https://databac.fr/succession-d-espagne-guerre-de-devolution-ou-de/

Notre Histoire à travers celle de Clary Henri de Montigny (1988)

Bertry dans le Cambrésis Dominique Solau (2017)

Monographie de Troisvilles Abbé G. Momal (1903)

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