Paulette et Claude, rescapés de la catastrophe de Malpasset, racontent.

Nous avons retrouvé deux Lorguais qui, le 2 décembre 1959, furent victimes de la catastrophe de Malpasset provoquée par la rupture du barrage hydraulique construit  dans la Vallée du Reyran, à quelques kilomètres au nord de Fréjus. Voici leur histoire :

Nous sommes en 1957, Paulette, originaire du centre de la France, vient à la recherche du soleil du midi, elle trouve une place dans une pouponnière de Boulouris et s’installe à Fréjus. C’est là qu’elle rencontre Claude le plombier et commence alors une histoire d’amour qui dure toujours…

1957 Barrage de Malpasset

Claude, originaire de Saint Raphaël, ne va pas tarder à emmener Paulette sur sa Vespa, lui faire découvrir les merveilles de sa région et les richesses de la belle nature provençale. Paulette raconte : « Je me souviens en particulier de la vallée du Reyran, cette vallée où poussaient de beaux légumes et surtout de belles pêches bien rondes et colorées, d’ailleurs on appelait cette vallée, la vallée rose, rose comme les fleurs de pêchers au printemps. Puis, il y avait ce lac en pleine nature, derrière le barrage aux eaux si calmes. Je me demandais  Pourquoi n’y a-t-il pas de guinguette au bord de l’eau et quelques pédalos ? ». Claude lui expliquera que, bien que le barrage soit en service depuis plusieurs années, il n’a toujours pas atteint le niveau prévu et qu’une bonne partie du paysage est destinée à disparaître sous les eaux.

Claude et Paulette se marient le 10 Octobre 1959 et, après un voyage de noces dans le Haut Var avec l’incontournable Vespa, s’installent dans une petite maison annexe d’une belle résidence, construite dans les années 1920, la Villa Pitchoun Cigalon située à quelques mètres de la plage de Fréjus, rue Rolland Garros.

Fin Novembre, début décembre une pluie intense s’abat sur le midi de la France, Claude prend la précaution de laisser sa Vespa sous une bâche le long de la maison.

Le soir du 2 décembre 1959, vers 21h30 le couple vient de se coucher lorsqu’un grand bruit et des cris affolés perturbent le début de leur sommeil puis, brusquement, l’électricité est coupée. Au milieu  de ces bruits, Claude croit entendre « le barrage vient de céder», il décide aussitôt de fuir avec Paulette.

2 Décembre 1959 Zones endommagées par la vague suite à la rupture du barrage

Claude raconte : « Nous étions en pyjama et l’eau commençait à rentrer dans la maison, je saisis à tâtons les vêtements restés sur une chaise et, Paulette, se souvenant des recommandations de son père, a le réflexe de saisir le tiroir contenant les papiers de famille et a juste le temps de le placer au dessus de l’armoire. Une fois dehors, je prends la Vespa et, les pieds dans l’eau, j’entraine Paulette à quelques dizaines de mètres de la maison vers l’ancienne voie du train des Pignes(1). Cette voie est surélevée par rapport au reste de la ville car si à l’époque, le trafic ferroviaire est arrêté depuis 10 ans et les rails ont été retirés, le ballast lui est resté en place. Nous évitons ainsi la montée des eaux et nous dirigeons vers Saint Raphaël »

En chemin, ils rencontrent d’autres familles fuyant le danger. La plupart prennent la direction de Fréjus, mais Claude parvient à les convaincre qu’il faut fuir l’embouchure de l’Argens et aller vers Saint Raphaël. Seule une maman en voiture avec ses deux filles n’est pas convaincue et continue sa route vers Fréjus …on les retrouvera le lendemain noyées dans leur véhicule.

A la sortie de Fréjus Plage, Paulette et Claude retrouvent des amis épiciers et les aident à remonter les fournitures à l’étage.

Toujours sur la Vespa, ils passent devant une station service totalement vide, l’électricité coupée, mais, la lumière de la pleine lune, leur permet de voir la caisse de l’entreprise abandonnée sur une table. Les propriétaires l’avaient oubliée là, dans la précipitation. Ils vont se dépêcher de la cacher.

En progressant vers Saint Raphaël, ils sont surpris de voir les rues vides, puis de trouver la maison de leurs parents abandonnée. Ils apprendront que, entre temps, la police a fait le tour de la ville et a incité les habitants à se réfugier en hauteur, vers l’avenue Général Leclerc. Finalement, le couple retrouvera les parents de Claude et terminera la nuit chez eux.

3 Décembre 1959 Base aéronavale de Fréjus

Le lendemain, l’énorme vague venant du barrage s’est évanouie, Claude reprend sa Vespa et, le cœur serré, revient chez lui. Il raconte : « En me rapprochant de la maison, je suis d’abord surpris  de voir quelques avions de la base aéronavale voisine perdus, isolés au milieu de la baie; ils ont été emmenés vers la mer par l’énorme vague comme des fétus de paille. Puis un spectacle horrible m’attend à l’entrée de la villa : la grille principale retient le cadavre d’une très jeune femme que les secours enlèvent dans les minutes qui suivent.

 Je retrouve ensuite ma maison qui, au premier abord, semble intacte mais, en pénétrant à l’intérieur, c’est un tout autre spectacle qui m’attend : je constate que l’eau est montée jusqu’au plafond, le mobilier trempé est bouleversé dans tous les sens. Heureusement, le tiroir avec les papiers de famille est bien resté sur le meuble, en revanche, les papiers ont été trempés et déformés. Enfin les cartons contenant nos cadeaux de mariage laissés dans un coin de la pièce et que nous n’avions pas encore eu le temps d’ouvrir se sont entrechoqués, gonflés d’eau et déformés. Plus tard, quand nous les ouvrirons et ferons l’inventaire de ces cadeaux, nous serons surpris « O miracle ! » de constater que finalement, nous n’avions cassé qu’un seul verre ».

Fréjus dévasté
Arènes romaines dégagées par la vague

Dans les jours qui suivent, Paulette et Claude découvriront l’horreur des dégâts en allant vers l’embouchure de l’Argens et en remontant le cours du Reyran: les amas de véhicules et d’objets divers, les maisons éventrées, et la boue partout.

 Ils apercevront pour la première fois les ruines des arènes romaines qui, jusqu’à présent, étaient ensevelies sous de la terre et se révélaient au regard simplement sous l’aspect d’une petite colline. Toute cette terre, ce précieux limon de la vallée rose, avait été emporté par l’immense vague.

Il faut d’abord retrouver les victimes, chaque jour on en retrouve plus d’une centaine et l’horrible compte ne s’arrêtera qu’au-delà de 420 cadavres.

Puis vient le temps de l’émotion, il faut enterrer les malheureuses victimes. Paulette et Claude assistent aux cérémonies, heureux de constater que leur propre famille a été épargnée dans la catastrophe.

Il reste maintenant le nettoyage et la reconstruction. Paulette et Claude sont surpris par l’importance des dons provenant de nombreux pays qui fait suite à l’appel à la générosité internationale lancé, entre autre, par notre président de la République, le Général De Gaulle. Ils admirent en particulier l’action et la probité du Maire de Fréjus, André Léotard, qui contacte toutes les personnalités de Fréjus et crée un « Comité de surveillance » dont l’objectif est de s’assurer que les fonds recueillis sont bien distribués aux sinistrés concernés et que l’équité est respectée. C’est ainsi que  Paulette et Claude vont recevoir une « carte de sinistré » et le montant de leur indemnité sera établi à partir d’un constat d’huissier (2)

Constat d’huissier chez Paulette et Claude

Merci à Paulette et Claude pour leur accueil et leur témoignage si vivant, 60 années après la catastrophe de Malpasset.

Souvenirs recueillis par François Lenglet Décembre 2019

Notes :

Train des Pignes / peinture de Paul Lévéré
Ligne Train des Pignes St Raphaël- Toulon

1-En effet, en 1959, subsistaient tout près de la cote les voies d’une ligne de chemin de fer reliant Toulon-St-Raphaël-Cogolin-St-Tropez, qui appartenaient aux chemins de fer du Sud-France. Cette ligne créée à la fin du XIXème siècle avait été surnommée ‘le train des Pignes’ mais avait cessé de circuler à la fin de 1948. A Fréjus, elle passait dans ce que sont devenues en 2019, les avenues Victor Hugo, de Provence etc.…     

2- En ce qui concerne l’implication de la ville de Lorgues dans l’organisation et la mise en œuvre des secours, nous avons retrouvé le responsable des pompiers de cette époque : il nous a précisé que les pompiers de Lorgues avaient surtout été sollicités pour distribuer l’eau potable aux sinistrés de Fréjus, ceci pendant plusieurs semaines.   

Sources :

http://www.ville-frejus.fr/wp-content/uploads/2017/04/dp_la_rupture.pdf;

http://www.mes-annees-50.fr/Le_Macaron_historique.htm

3 commentaires sur “Paulette et Claude, rescapés de la catastrophe de Malpasset, racontent.

  1. Bonjour, je fais des recherches généalogiques et il se trouve que ma mère habitait Fréjus à cette époque et travaillait dans une pouponnière. Ce pourrait-il que ce soit la même ? Est-il possible d’entrer en contact avec ce couple afin d’échanger et voir s’ils ont connu ma famille ? Cordialement. Yann Le Bellec

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s